Biographie

Pierre De Maria (1896 -1984)

Issu d'une famille de la bourgeoisie parisienne, Pierre De Maria grandit dans un milieu conventionnel mais ouvert à la modernité.
Son père dirige une entreprise familiale spécialisée dans la fabrication d'appareils d'optique. C'est un homme passionné de théâtre, auteur et poète, qui donne à son fils une éducation rigoureuse. Sa mère prend une place prépondérante dans l'univers affectif de Pierre, non dénuée de conséquences pour l'avenir. L'éducation qu'il reçoit fait de Pierre De Maria un homme empreint de dignité et de droiture morale, parfois dur avec lui-même, intransigeant avec les autres.
Toujours soigné, cet enfant de la Belle Epoque cultive un certain dandysme. Son enseignement artistique s'effectue dans la tradition académique grâce aux conseils d'un de ses cousins, Jacques Camoreyt (élève d'Albert Maignan) qui lui apprend la maîtrise des techniques picturales.

Entre 1907 et 1914, Pierre De Maria poursuit ses études au Lycée Condorcet, passe le baccalauréat en Sciences et Langues puis obtient le diplôme d'ingénieur des Arts et Métiers à la veille du conflit franco-prussien. « Je me suis engagé en 1914 par goût du spectacle rare. Celui-ci fut long et atroce mais j'y pris l'amour des paysages calcinés des monstres de fer et d'acier crachant du feu. »

La guerre lui fait perdre son insouciance. Le spectacle des atrocités marque sa mémoire. Miraculé de la guerre, il trouve un emploi dans l'entreprise paternelle mais témoigne bientôt de l'aversion pour ce qui touche à la mécanique. Il décide alors de se lancer dans la peinture. Il travaille à l'atelier de décoration Ronsin et Laverdet qui réalise des décors pour les compagnies théâtrales d'avant-garde. Parallèlement, il expose au Salon d'Automne de 1923 où il obtient un prix d'honneur dans la section peinture moderne.

En 1925, ce passionné de boxe réalise des façades polychromes avec Djo Bourgeois. Architecte et décorateur, il s'inscrit alors dans la mouvance de l'Art-Déco.

Proche des cubistes, Henri-Pierre Roché, écrivain (auteur de Jules et Jim), mais aussi peintre, collectionneur, est un découvreur de talents (Brancusi, Wols...) qui s'intéresse à Pierre De Maria.


Autoportrait
Environ 1960

Dans le Paris des années folles, en 1926, Pierre De Maria rencontre Marcel Duchamp, Brancusi et le groupe des surréalistes avec lequel il sympathise sans y adhérer. « Ce furent des rapports de curiosité et de sympathie… Mais je vais être franc : dans le comportement des surréalistes, je n'appréciai pas certaines facilités laborieuses. »

Il entame une période de recherches techniques et de collages comme en témoigne en 1927 sa première exposition de gouaches-collées à Paris dans la galerie « Fermé la nuit » de la princesse Murat.

« Je n'ai jamais considéré ma peinture comme un moyen de gagner de l'argent. Je suis entré dans la peinture comme je serais entré dans les ordres. »

En rentrant à Paris il devient journaliste pour Marianne et pour Vu (1932-1933). Il fait notamment un reportage circonstancié sur le Maelström en Norvège et sur le cinéma soviétique, ce qui lui donne l'occasion de rencontrer Eisenstein et Poudovkine. Ce séjour en Russie soviétique le marque au point qu'il envisage de se lancer dans le cinéma.

En 1939, Pierre De Maria rencontre Germaine Pellegrino qu'il épouse 1 an plus tard, et dont il aura deux fils : Jacques, en 1942 et François, en 1943.
La famille s'installe à Genève à la fin de l'année 1943.

De cette période datent un roman autobiographique inédit Tir à volonté, ainsi qu'un recueil de pensées sur divers sujets tels la guerre.
A cette même époque, il écrit aussi des poèmes et, comme son père, une pièce de théâtre : La mort de Cornélius. Tous ses écrits relèvent du registre humoristique. « Qui professe l'opinion des imbéciles s'assure de la majorité des suffrages. »

En 1944, Pierre se sépare de sa femme et rentre seul à Paris. Puis il s'installe à Nice en 1953. Commence alors véritablement sa période machiniste avec la récurrence thématique des machines dans sa peinture.

En 1958, sa deuxième exposition à Paris, galerie J.C de Chaudun, – une série de linogravures d'après des dessins – marque le début de la reconnaissance par ses contemporains, ses amis, et le milieu artistique parisien.

Jacques Prévert lui consacre un poème. Henri-Pierre Roché, André-Pieyre de Mandiargues, Yvon Taillandier collaborent au catalogue. La presse lui réserve un accueil favorable.

Parallèlement à ses expositions personnelles, il fournit régulièrement des toiles pour le Salon d'Automne, le Salon de Mai et le Salon Comparaison.

Grâce au graveur sur bois flamand, Frans Masereel, et au directeur des Beaux-Arts d'Offenbach, le Professeur Gowa , Pierre De Maria est introduit avec succès en Allemagne en 1963 , date à laquelle débute sa renommée à l'étranger.
45 tableaux sont rassemblés pour l'exposition Homo Atomicus qui retrace la trajectoire de l'artiste au cours des 10 dernières années. Il est alors surnommé le « Hyperonymus Bosch de l'age atomique ! ».

En 1964, la découverte de Pierre De Maria par Iris Clert donne un nouvel élan à sa carrière. Il est alors âgé de 68 ans. Cette galeriste grecque spécialisée dans l'art contemporain a notamment participé à l'émergence du Nouveau Réalisme grâce à ses expositions spectaculaires et médiatiques. Elle s'enthousiasme pour l'art de Pierre De Maria. « La visite de son atelier transforma mon coup de foudre en certitude. Pierre De Maria emploie la technique des Anciens pour exprimer le Futur. »
A la suite de cette rencontre, une intense collaboration se met en place et permet au peintre de bénéficier du réseau européen et international de la galeriste.

En 1966, Connaissance des Arts (n°70) lui consacre une étude : « En gros plan ce mois-ci : Pierre De Maria ». Suit en 1967, un article dans International Art.

L'année de ses 73 ans, en 1969, une première rétrospective de son œuvre est réalisée par la ville de Nice à la galerie des Ponchettes. Une soixantaine de toiles sont exposées.

La rencontre de Pierre De Maria avec l'artiste Hélène Bottet - alors qu'il a 76 ans -, marque un nouveau tournant dans son art : la violence cède le pas à l'humour. Les machines ne lui font plus peur, il les tourne en dérision. Mais elles sont toujours au centre de sa peinture alors que l'art mécanique des années vingt a, depuis longtemps, été abandonné par ses initiateurs.

En 1974, Jean Selz lui consacre un chapitre : « Des machines et des dunes » dans son livre Le dire et le faire.
Cette même année, il obtient le prix du Président de la République au Salon International d'art de Toulon pour La Tête éclatée.

En 1980, Jean-Roger Soubiran organise à Marseille une nouvelle rétrospective de ses œuvres au Centre Méditerranéen d'Art Contemporain. Plus de cent peintures sont rassemblées.
C'est sa dernière exposition personnelle. Pierre De Maria est alors âgé de 84 ans.

L'œuvre de Pierre De Maria est présente au Musée d'Art Moderne de New York (acquisition en 1968), au Musée de Téhéran (acquisition en 1969), au Fond National d'Art Contemporain à Paris (acquisition en 1968), au musée de Cannes (donation en 1982) et au musée du Québec.

Sa vie a été une aventure poétique : s'il a successivement endossé les rôles d'élève ingénieur, architecte, reporter, écrivain, dandy, Dom Juan. Son engagement le plus authentique est resté d'ordre plastique, faire de son art l'idéal d'une vie en l'affranchissant de toute doctrine.

Cet homme secret, brillant et cultivé, meurt de vieillesse en 1984.

L'atelier de Pierre De Maria compte aujourd'hui environ 450 œuvres.

Télécharger la biographie de Pierre De Maria (pdf)